LA RAGE AU CAMBODGE EN 2004 : SITUATION EPIDEMIOLOGIQUE ET PROJECTIONS

Présenté par : Dr Sowath LY

L’Institut Pasteur du Cambodge (IPC) est la seule structure habilitée à réunir les données sur la rage. Réouvert en 1995 à Phnom Penh, l’Institut assure le traitement gratuit en post-exposition, le diagnostic biologique en post mortem et le recueil d’informations sur la rage.

Les objectifs de la présente étude étaient de décrire la situation de la rage et d’estimer le nombre de décès par rage au Cambodge en 2004.

Avec les bases de données disponibles, les activités suivantes ont été conduites à l’IPC entre mai et août 2005 : i) analyse des Traitements Post-Exposition (TPE), ii) analyse des cas humains déclarés, iii) analyse du diagnostic biologique de rage animale, iv) enquête sur la population canine dans un district rural (Kampot, juin 2005), v) estimation du nombre de décès humains par morsures de chiens suspects de rage en 2004 en appliquant un modèle de probabilité développé en Tanzanie.

  1. i) Plus de 100 000 patients ont reçu le TPE à l’IPC entre 1996-2004, dont 13088 en 2004 (âge médian 15 ans, extr. 1-95). Le délai entre morsure et consultation était inférieur à 5 jours pour 95% des patients. Les chiens (98% avaient un propriétaire) étaient responsables de 96% des cas. 99% des patients sont revenus à J7, et 70% des patients à risque avéré (n=717) sont revenus à J28 pour la vaccination antirabique (2J0-2J3-2J7-J28-J90, protocole Croix Rouge Thaï). 96% des patients provenaient de Phnom Penh (62%) et provinces limitrophes.
  2. ii) En 2004, l’IPC a pu suivre 15 cas de rage humaine, tous mordus par chien et décédés. Le test par immunofluorescence était positif dans 93% des cas. iii) La même année, l’IPC a reçu 166 prélèvements animaux dont 95% de chiens pour diagnostic de rage. 48% des prélèvements étaient positifs. iv) A Kampot, il y avait en moyenne 1,7 chiens/maison. Le ratio homme/chien était de 2,3. La population de chiens a été estimée à 550 000 (IC95% = 480 000 – 610 000) dans la capitale de Phnom Penh et à 5,8 millions (IC95% : 5,2 – 6,5) pour l’ensemble du pays.
  3. v) Le nombre de décès par rage a été estimé pour l’année 2004 à 490 (IC95% : 304 – 720), donnant une incidence de 3,6 (IC95% : 2,2 – 5,3) par 100 000 habitants.

L’IPC n’a une bonne couverture TPE qu’à Phnom Penh. La rage humaine est largement sous notifiée alors que la mortalité estimée par rage égale celle du paludisme et dépasse largement celle de la dengue. La mise en place d’un programme national d’information et de lutte contre la rage est nécessaire au Cambodge.

Mots clés :       Rage, Traitement en post-exposition, Rage humaine, Rage animale,

Chiens suspects, Mortalité, Institut Pasteur de Cambodge