L’ACTIVITE ANTIMICROBIENNE DES URINES COMME MARQUEUR DE LA PRISE D’ANTIBIOTIQUES : ETUDE SUR 2000 ECHANTILLONS (VIENTIANE, 2004-2005)

Présenté par : Dr Manisone KHENNAVONG

L’utilisation en excès, hors prescription et inappropriée des antibiotiques est très répandue dans les pays en développement, avec deux conséquences majeures : a) le développement préoccupant de la résistance bactérienne ; b) une gène considérable au diagnostic microbiologique, les cultures étant régulièrement négatives chez les patients en état « d’imprégnation » antibiotique. Cette étude a eu pour but de mesurer de façon indirecte la consommation antibiotique en utilisant la recherche d’activité antibiotique urinaire (AABU).

Les urines étaient prélevées systématiquement à l’admission à l’hôpital des patients et testées quant à leur pouvoir d’inhibition sur 3 souches bactériennes de référence : Echerichia coli, Sreptococcus pyogenes, et Bacillus stearothermophilus ; un disque de papier filtre calibré absorbant 3 µl de chaque échantillon d’urine était placé sur des géloses au sang. Deux lots (1104 et 819 échantillons respectivement) d’urines, émises le jour même (enquête prospective), ou congelées (étude rétrospective) constituaient le matériel. Un lot d’urines témoin provenant de 20 volontaires sains, naïfs de tout antibiotique a servi de contrôle : aucun contrôle n’a exprimé d’AABU. Les 1923 spécimens d’urine testés provenaient de malades et de situations pathologiques différents (consultants externes, hospitalisés, adultes, enfants; patients tout venant, fièvres indifférenciées, infections du système nerveux central, etc..), et de 3 hôpitaux différents: 2 hôpitaux centraux (Vientiane) et un hôpital rural (Phalanxay, province de Savannakhet). La fièvre était le motif de recours à l’hôpital de 15% des consultants externes et de 40 % des hospitalisés (P<0.0001).

Globalement, 24% des sujets interrogés en étude prospective rapportaient une prise d’antibiotiques dans les 48 heures précédentes, 19% pouvaient nommer l’antibiotique pris (81% de pénicillines A et G, 7% de cyclines), et 33% des 1104 spécimens d’urines correspondants présentaient une AABU. Entre les sous groupes existaient de grandes variations : les enfants, et les adultes fébriles avaient les taux d’AABU les plus élevés (47% et 55% respectivement), alors que les consultants externes qui constituaient 80% de l’effectif, avaient les taux les plus bas (15%). En étude rétrospective, les malades ayant une infection du système nerveux central mentionnaient l’usage antibiotique le plus fréquent (45%), cohérent avec le taux d’AABU le plus élevé (90%) ; les malades de zone rurale (Phalanxay) avaient une consommation antibiotique remarquablement élevée compte tenu de leur isolement : 38% d’AABU.

L’inhibition bactérienne était nettement plus sensible sur B. stearothermophilus et S. pyogenes. que sur E .coli (fréquence supérieure de 15 à 60% pour les 2 premières souches).

Ces résultats confirment : i) le large usage des antibiotiques dans la communauté au Laos, en ville mais aussi en zone rurale ; ii) la fiabilité limitée de l’interrogatoire, de sensibilité inférieure à la recherche d’AABU ; iii) la simplicité, fiabilité, reproductibilité de la technique proposée qui est toutefois consommatrice de temps. La possibilité d’une AABU d’origine autre que médicamenteuse (eaux ou aliments contaminés par antibiotiques, antiseptiques, conservateurs et pesticides) n’ a pas été explorée.