TUBERCULOSE AU LAOS : SUIVI DE 172 CAS DEPISTES PAR LE PROGRAMME NATIONAL DE LA PROVINCE D’ATTAPEU (2002-2004)

Présenté par : Dr Thongdam KEOPHITHOUNE

L’étude transversale et rétrospective a eu pour objectif d’évaluer sur le terrain le suivi et le devenir des tuberculeux (perdus de vue, non observants, décès). Les 172 malades recensés sur 3 ans (2002-2004) par le programme national (PNTB) avaient  les caractéristiques suivantes : âge moyen 46,9 ans (extr. 6–90 ans), 66% hommes, 90% BK positifs (BK+), 92% de TB pulmonaire ; diagnostic et traitement DOTS par le PNTB provincial d’Attapeu; 86% (n = 144) de cas traités selon le schéma 2HZRE/HE.

De févr. à mai 2005, nous avons consulté les archives du PNTB, et interrogé et examiné dans leur village tous les patients vivants (146 patients). Au moment de l’enquête, 19 étaient sous traitement, 127 l’avaient terminé ou arrêté et 26 étaient décédés. Après 2 mois de traitement (72 patients) 96% étaient devenus BK(-), et la prise de poids moyenne était de 4,3 kg (poids initial très bas : 39,9 kg). Le taux de perdus de vue était très élevé : 18% des 144 patients traités, avec notamment 42% et 97% d’absents aux contrôlex de crachat de 3 et 5 mois. Le taux de décès (18%) était également très élevé ; ces décès (de causes non précisées) sont survenus davantage en cours de traitement (17/26), chez les sujets âgés, et (4 fois plus) chez les non observants.   25% (n = 43) des sujets en effet n’étaient pas observants au delà des 2 premiers mois ; l’ observance était moindre dans le groupe initialement BK(-) et le groupe des patients décédés.

Les facteurs de non observance identifiés à l’interrogatoire étaient : i) les difficultés de déplacement (45% des patients) (distance et coût, absence de moyens de transport),  les revenus insuffisants (15%), les contraintes de travail (13%), la rupture familiale (13%). La « difficulté à suivre le traitement » était la façon assez vague mais globale d’exprimer la situation ressentie. En analyse multi-variée, cette « difficulté » était le seul facteur associé à la non-observance. Enfin, un dernier problème d’évolution a été identifié: 64% des patients interrogés disaient ne pas « se sentir mieux » en cours ou à la suite du traitement ; 53% avaient une toux persistante, 8% des hémoptysies, et  52% avaient  IMC < 18.5.

Les taux précis de mortalité due à la TB, d’échecs ou de résistance au traitement, de rechute,  de co-infection avec le VIH (aucun sujet testé) ou la paragonimose (endémique dans la province et souvent confondue avec le TB) n’ont pas pu être établis dans le cadre limité de cette étude.  Un programme spécifique devrait s’intéresser à l’accessibilité du DOTS au delà de la période intensive de 2 mois, au suivi des malades, à l’observance et aux moyens de les améliorer.